Audi Concept C
Retour aux sources
Audi a dévoilé à Milan d'abord, ensuite à Munich son Concept C, un roadster électrique qui ne préfigure pas un simple modèle, mais toute une nouvelle philosophie de design. Sobre et musclé, le modèle puise délibérément ses racines dans le passé pour mieux annoncer l’avenir.
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Dans une ville qui a depuis la Renaissance le mauvais goût d'être trop belle, ce à quoi il faut ajouter qu’elle s’autoproclame capitale mondiale du design, Audi a réuni la presse mondiale pour dévoiler quelque chose d'assez inhabituel: non pas une nouvelle voiture, mais une nouvelle manière de penser la voiture. L'événement s'appelait «Strive for Clarity». Le concept-car, lui, s'appelle simplement Concept C. C comme clarté - et comme l'Auto Union Type C de 1936 dont il revendique la filiation. Quelques jours plus tard, c'est au grand public que revenait la primeur lors de l'IAA Mobility de Munich.
Derrière ce tournant, un homme: Massimo Frascella, Chief Creative Officer d'AUDI AG depuis juin 2024. Formé dans l'atelier légendaire de Bertone, passé par Ford en Grande-Bretagne, Lincoln et Kia en Californie, avant de rejoindre Jaguar Land Rover où il deviendra Head of Design, l'Italien débarque en Allemagne avec une conviction simple: «Nous vivons dans un monde rapide et surchargé», dit-il. «La simplicité radicale est au coeur de notre philosophie. Nous apportons de la clarté en réduisant tout à l’essentiel.» Ou comme le disait un autre illustre Transalpin avant Massimo Frascella - lui aussi passé par Milan : «La simplicité est la sophistication ultime.» Un certain Leonardo da Vinci.
La simplicité radicale est au coeur de notre philosophie. Nous apportons de la clarté en réduisant tout à l’essentiel.
Visuellement, le Concept C est un roadster deux places long d'environ 4,5 mètres et coiffé d'un hardtop rétractable en deux éléments - une première chez Audi pour ce type de carrosserie. Sa robe couleur titane joue la carte du métal brut, des surfaces pleines et tendues, d'une ligne d'épaulement franche qui court jusqu'à l'arrière sans s'excuser. On a évoqué le brutalisme architectural, la référence à Le Corbusier - la comparaison n'est pas fausse. Ce qu'on ne voit pas, c'est tout ce qui a été retiré: pas d'ornements, pas de volumes parasites, pas de signatures lumineuses baroques. Quatre minces rectangles horizontaux dans chaque optique, avant comme arrière. C'est tout, et c’est suffisant : l’impact visuel est frappant.
L'élément central du design s'appelle le «Vertical Frame»: une calandre orientée à la verticale, noire, étroite, qui structure toute la face avant du véhicule. Audi revendique pour celle-ci deux références historiques directes - l'Auto Union Type C de 1936, bolide de Grand Prix d'avant-guerre qui portait le génie et les anneaux en compétition, et l'Audi A6 de troisième génération de 2004, dont la calandre verticale avait, en son temps, marqué une forme d'élégance contenue. Mais l’arbre généalogique ne s'arrête pas là.
On pense aussi à l'Avus de 1991, ce prototype tout d'aluminium poli, qui annonçait déjà une certaine idée de la pureté formelle chez Audi - une carrosserie sans superflu, tendue comme une peau sur un volume parfait. Et puis il y a la TT première génération, sortie en 1998, dont le Concept C partage l'esprit sinon les formes: la conviction qu'une voiture n'a pas besoin de crier pour exister. Frascella, qui confesse avoir pris un jour de congé pour aller contempler la TT chez son concessionnaire turinois à sa sortie, ne le démentirait pas.
Ce Concept C porte en réalité bien davantage qu'un modèle en gestation: il préfigure le nouveau visage de toute une marque. La calandre verticale et la signature lumineuse à quatre éléments horizontaux sont appelés à migrer sur l'ensemble des futurs modèles Audi en qualité de marqueurs d'identité d'un langage design entièrement refondé, articulé autour de quatre principes: clarté, technique, intelligence, émotion. Une grammaire que Massimo Frascella résume sous le nom de «The Radical Next».
À bord, fini le mur d'écrans qui semble être devenu le marqueur statutaire du premium contemporain. Le Concept C n'embarque qu'un seul écran tactile de 10,4 pouces, rétractable, qui se dissimule derrière une planche de bord aux lignes épurées et parsemée de vrais boutons en aluminium anodisé. Un retour à ce que la marque appelle le «clic Audi», une qualité haptique propre aux commandes physiques bien faites, qu'on pensait condamnée par les interfaces tout-numérique. Et le résultat est, pour le dire simplement… beau.
Le Concept C a depuis obtenu son homologation routière, chose rare pour une étude de style. Les données techniques, elles, restent confidentielles: Audi ne communique ni puissance, ni autonomie. Ce qui est connu, c'est que la version de série embarquera une architecture batterie à disposition centrale, avec une partie de la technologie logée derrière les sièges, à la manière des voitures de sport à moteur central. Attendue pour 2027, sa version de série succéderait à la TT et à la R8, deux modèles qui manquent encore à plus d'un.
Avec le Concept C, Audi envoie un signal fort. De l’aveu même de ses dirigeants, la marque aux anneaux avait peut-être perdu ces dernières années son statut de marque automobile la plus centrée sur le design. Ce Concept C est une promesse. Comptons sur Ingolstadt pour la tenir.
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