Philippe Prette, champion en Maserati
Le gentleman driver qui fait briller le Trident sur les circuits
À 61 ans, le patron d'APM Monaco jongle entre boutiques de luxe et virages de Zandvoort avec brio, en remportant la classe AM en championnat GT2 European Series deux années consécutives au volant de sa Maserati GT2. Portrait d'un double champion.
Il y a des matins où Philippe Prette décroche son téléphone pour gérer l'ouverture d'une nouvelle boutique APM Monaco à Shanghai. D'autres où il enfile sa combinaison Maserati pour partir en pole position à Zandvoort. Entre les deux ? Une vie d'entrepreneur qui dirige 500 boutiques dans 46 pays, un fils pilote prometteur, et une passion pour la mécanique qui refuse obstinément de vieillir. En 2025, il vient de décrocher son deuxième titre consécutif dans la catégorie Am du GT2 European Series au volant d'une Maserati GT2, une voiture dont nous avons récemment pu essayer la version routière - entendez par là un monstre de circuit homologué pour la route - un article à (re)lire dans notre numéro RoadBook #53.
... Cette continuité entre les voitures de route et la GT2 illustre bien l'élégance et la sportivité typiquement italiennes de Maserati.
Maserati GT2, arme fatale du gentleman driver
La Maserati GT2. Dérivée de la MC20 route, cette bête de course incarne le retour de la Maison au Trident en compétition GT après des années d'absence. Sous le capot, un V6 Nettuno à double allumage et double turbo qui crache 640 chevaux à 7 500 tr/min pour 720 Nm de couple. Sur le papier, c'est du sérieux. Sur la piste, c'est une révélation.
Philippe Prette ne tarit pas d'éloges : « La voiture est extraordinaire, parfaitement équilibrée. C'est un pur plaisir de la piloter. » Fiabilité exemplaire, aucun souci mécanique majeur en deux saisons, seule la gestion des pneumatiques a demandé quelques ajustements au début. Mais avec l'aide de son coach Stéphane Ortelli – ancien vainqueur des 24 Heures du Mans, rien que ça –, Prette a fini par extraire tout le potentiel de la GT2. Résultat : des performances dignes d'un professionnel, des victoires qui s'enchaînent, et un titre Am qui ne doit rien au hasard.
Car la GT2 n'est pas qu'une machine de course. Elle existe aussi en version Stradale, homologuée pour la route, et c'est là que Maserati frappe fort. Cette dualité entre circuit et bitume incarne l'ADN de la marque : offrir des sensations de course tout en restant utilisable au quotidien. Ou presque. Parce qu'avec 500 kg d'appui aérodynamique à 280 km/h, un aileron fixe réglable sur trois positions et un 0 à 100 km/h expédié en 2,8 secondes, la GT2 Stradale offre ce savant mélange de performance pure et de style à l’italienne qui fait tout le charme des voitures au Trident.
Seulement 914 exemplaires de la GT2 Stradale seront produits – en hommage à l'année de fondation de Maserati en 1914 –, proposés à partir de 330 900 francs suisses. Autant dire que les amateurs pressés ont intérêt à se manifester rapidement.
Itinéraire d'un passionné
Dès 2017, Philippe Prette se fait un nom dans le Ferrari Challenge avec un palmarès qui claque : 6 victoires en 2017, 2 en 2018, puis 9 lors du Challenge Asie en 2019. À plusieurs reprises, il grimpe sur le podium du Ferrari Challenge World, s'imposant comme un pilote capable de rivaliser avec des pros, malgré son statut d'amateur. Car c'est bien là toute la particularité de la catégorie Am (Amateur) dans le GT2 European Series : elle accueille des pilotes non-professionnels, classés « Bronze » par la FIA, souvent fortunés mais pas toujours doués. Sauf que Prette, lui, détonne dans le lot.
Lorsqu'il rejoint le LP Racing Team pour piloter la Maserati GT2, l'équipe engage deux exemplaires de la furie au Trident. En 2024, première saison, premier titre Am. En 2025, rebelote : 10 victoires sur 12 courses, dont un week-end à Zandvoort qui restera dans les annales. Pole position samedi, victoire absolue. Accident en qualification dimanche, réparation express de la voiture par l'équipe, et nouvelle victoire en partant dernier sur la grille.
APM Monaco : l'autre écurie de Philippe Prette
Philippe Prette ne pilote pas que les voitures de course, mais aussi les entreprises à succès. À la tête d'APM Monaco depuis 2012, il gère la marque joaillière familiale fondée par sa mère de main de maître. Près de 2’500 collaborateurs, une présence sur six continents, et des égéries comme Cara Delevingne ou Charles Leclerc pour incarner le chic monégasque. En 2024, il confie même la direction générale à son fils Louis, 27 ans, qui se trouve être… également pilote de course. Logique. Louis Prette a d'ailleurs réalisé une saison exceptionnelle en 2025, évoluant dans un environnement « extrêmement compétitif », selon les mots de son père. Les deux partagent d’ailleurs parfois la piste, y compris en participant ensemble aux 24 Heures du Mans. Une saga familiale qui pourrait inspirer Netflix, entre aventure entrepreneuriale et dépassements en courbe.
2026 : le centenaire qui promet
L'année 2026 sera particulière pour Maserati. La marque célébrera les 100 ans de ses débuts en compétition avec la Tipo 26 à la Targa Florio en 1926. Pour Philippe Prette, défendre les couleurs du Trident dans ce contexte historique est une « immense fierté ». Lui et son fils Louis seront au rendez-vous, « en famille, avec l'équipe et Maserati », pour poursuivre cette belle histoire. Le LP Racing Team, qui a décroché le titre d'équipe en catégorie Am grâce à ses deux Maserati GT2 engagées, compte bien remettre le couvert.
Et si le téléphone d'APM Monaco sonne encore un peu plus fort en pleine course, Philippe Prette s'en accommodera. Après tout, il a passé sa vie à conjuguer deux passions apparemment incompatibles. Entre l'or des bijoux et le carbone des monoplaces, entre Monaco et Zandvoort, il a trouvé son équilibre. Voici notre entretien avec Philippe, gentleman champion.
RoadBook - Philippe, vous venez de remporter votre deuxième titre consécutif en catégorie Am du GT2 European Series avec la Maserati GT2. Qu'est-ce qui distingue cette voiture de ses concurrentes sur la grille et comment a-t-elle contribué à ce doublé historique ?
Philippe Prette - Nous sommes très fiers d'avoir pu contribuer au succès de Maserati deux années de suite. La voiture est extraordinaire, parfaitement équilibrée, et m'a permis de participer à cette belle histoire. C'est un pur plaisir de la piloter, mais ce résultat est aussi le fruit du travail collectif : course après course, dixième après dixième, avec le soutien de toute l'équipe, de mon fils Louis et de mon coach Stéphane Ortelli, nous avons pu extraire tout le potentiel de cette GT2.
RB - Avec 10 victoires sur 12 courses en 2025, la Maserati GT2 a démontré une constance remarquable. Pouvez-vous nous parler de la fiabilité de cette voiture tout au long de la saison ?
PP - Nous n'avons rencontré aucun problème majeur durant ces deux saisons : la fiabilité de la Maserati GT2 a été exemplaire et nous a permis de rejoindre l'arrivée à chaque week end. La partie la plus délicate pour nous a été la gestion des pneumatiques, où nous avons, au début, rencontré quelques difficultés, mais là encore, le travail sur les réglages et sur mon pilotage, avec l'équipe et mon coach, a permis de résoudre ce point et de capitaliser sur la constance de la voiture.
RB - La Maserati GT2 incarne le retour de la Maison au Trident en compétition GT. En tant qu'ambassadeur de cette renaissance sportive, comment décririez-vous le caractère italien de cette voiture ?
PP - Tout à fait, on retrouve pleinement l'ADN Maserati en piste. Avant d'être pilote pour la marque, j'ai eu la chance d'acquérir une MC12 il y a une dizaine d'années, et plus tard mon fils Louis a fait de même avec la MC20, qui partage de nombreuses caractéristiques avec ma voiture de course. Cette continuité entre nos voitures de route et la GT2 illustre bien l'élégance et la sportivité typiquement italiennes de Maserati.
RB - À Zandvoort, vous êtes parti de la pole position et avez remporté la victoire absolue face à une concurrence relevée. Quels sont les principaux atouts de la GT2 qui vous ont permis de dominer vos adversaires ce week-end-là ? Parlons technique : moteur, châssis, aérodynamique...
PP - Nous avons effectivement remporté la première course en partant de la pole, mais ce qui m'a le plus marqué, c'est la deuxième course. Après un accident lors de la seconde qualification, l'équipe, avec le soutien direct de Maserati, a réalisé un travail exceptionnel et a terminé la réparation de la voiture quelques minutes seulement avant le départ. Partir dernier et finir premier dans cette course grâce à ce travail acharné a été un immense plaisir, et j'étais très heureux de pouvoir récompenser l'équipe ainsi. J'ai découvert Zandvoort en 2025 et c'est devenu mon circuit préféré : la voiture s'y est montrée magistrale dans toutes les portions du tracé.
RB - La Maserati GT2 existe également en version Stradale, homologuée pour la route. En tant que pilote qui exploite cette voiture à ses limites sur circuit, que pensez-vous de ce pont entre la compétition et l'usage routier ?
PP - Le fait d'avoir une version Stradale de la Maserati GT2, homologuée pour la route, crée un lien très fort entre la compétition et l'usage quotidien. Pour un pilote, c'est fascinant de sentir sur circuit puis sur route le même ADN technique et émotionnel. Cette dualité renforce, à mon sens, l'image de Maserati : une marque capable d'offrir des sensations de course aux passionnés tout en restant utilisable au quotidien.
RB - Vous pilotez pour le LP Racing Team, qui gère deux Maserati GT2. Comment s'est construite cette collaboration ?
PP - Dès mon arrivée chez LP Racing, j'ai été pleinement intégré à l'équipe. Nous avons construit cette aventure ensemble : LP Racing, Maserati, mon coach et les pilotes de la deuxième voiture. Cette synergie humaine et technique nous a permis de réaliser une très belle saison et de maximiser le potentiel des deux Maserati GT2 engagées.
RB - Vous êtes considéré comme un "Gentleman Driver" d'exception, capable de performances de haut niveau. La Maserati GT2 est-elle une voiture accessible qui permet à des pilotes amateurs talentueux comme vous de rivaliser avec les professionnels, ou demande-t-elle un niveau d'expertise particulier ?
PP - Je pilote depuis 2020, avec une coupure de trois ans pendant la période du Covid. C'est vraiment cette Maserati GT2 qui m'a permis de retrouver mon niveau et de franchir un cap. Il a fallu beaucoup de travail physique, de séances sur simulateur et de roulage en piste, encadré par mon coach et l'équipe, pour y parvenir. La voiture est accessible pour un gentleman driver motivé, mais elle récompense surtout le sérieux, l'entraînement et l'engagement.
RB - En 2026, Maserati célébrera les 100 ans de ses débuts en compétition avec la Tipo 26 à la Targa Florio en 1926. Que représente pour vous le fait de défendre les couleurs du Trident dans ce contexte historique avec la GT2 ? Sentez-vous le poids de cet héritage ?
PP - C'est une immense fierté de représenter le Trident à l'approche des 100 ans de ses débuts en compétition. Défendre les couleurs de Maserati avec la GT2 dans ce contexte historique donne forcément une motivation supplémentaire. J'espère que nous serons au rendez vous en 2026, avec le même succès et la même ambition.
RB - Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous adresser aux passionnés de Maserati et de course automobile qui suivent vos exploits au volant de la GT2 ? Et peut-être un mot sur cette aventure que vous partagez parfois avec votre fils Louis ?
PP - Si vous en avez la possibilité, il faut venir sur les circuits au plus vite : l'ambiance et les sensations sont uniques. Au départ, j'ai commencé les courses pour accompagner mon fils Louis, et aujourd'hui j'ai retrouvé un immense plaisir à piloter, à me dépasser, à rester en forme physiquement et mentalement. Louis a réalisé une saison exceptionnelle cette année dans un environnement extrêmement compétitif, et nous serons encore là en 2026, en famille, avec l'équipe et Maserati, pour continuer cette belle histoire.
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